Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

La société féodale expliquée


Pourquoi les châteaux forts existent-ils ? Pourquoi avoir dépensé tant de ressources, d’argent et d’énergie dans la construction de ces monstres de pierre ? Pour le comprendre, il faut avant tout replacer le château fort de nos régions dans son contexte sociopolitique de l’époque, celui de la société féodale. Le sujet est vaste, mais nous allons être volontairement réducteur pour tenter de le résumer ici le plus clairement possible par l'intermédiaire du rôle de ses différents acteurs.

La noblesse au Moyen Âge (seigneurs et chevaliers)

Au Moyen Âge, nous sommes dans un monde dominé par des liens de dépendance. La société est très hiérarchisée. A sa tête : « le suzerain des suzerains », le Roi. En dessous de lui : ses « vassaux ». Des vassaux qui sont eux-mêmes les suzerains de leurs propres vassaux. Tous sont liés à leur suzerain, auquel ils ont juré loyauté et fidélité lors du cérémonial de « l’hommage ». En échange, les vassaux reçoivent un « fief » (généralement une terre) qui sera transmis héréditairement à leurs descendants. Ensembles, suzerains et vassaux constituent la noblesse.

Le rôle de la noblesse n’est pas de participer à la production mais d’assurer la conquête et la défense des territoires pour que les paysans puissent produire. La principale occupation des suzerains et des vassaux est donc la guerre. Il faut se battre pour le Roi, pour son suzerain, pour la défense de son domaine, de ses vassaux, des paysans, etc. C’est cette société, dominée par un nombre restreint de guerriers vivant toujours sous la menace ou la conquête, qui est appelée société féodale.

Le château quant à lui est le symbole de la puissance du seigneur. Sa fonction est quadruple. Tout d’abord, c’est évidement un lieu de « défense ». Protection du seigneur et de ses proches, de ses biens, de ses pouvoirs, de ses privilèges. Dans certains cas, protection également des paysans qui peuvent se réfugier derrière la première enceinte.  Plus il sera imposant, plus il impressionnera les potentiels assaillants. Avant la défense physique active, son véritable rôle premier est donc la défense passive : l’intimidation.

Secondement, le château est « la place du pouvoir judiciaire ». Le seigneur à droit de justice sur son domaine.

Troisièmement, le château est le symbole du « pouvoir financier ». C’est en effet au château que sont rapportés les impôts collectés. Ils sont nombreux et variés (la taille, le cens, les banalités, la gabelle, le tonlieu, etc.).

Et enfin, quatrièmement, le château est le symbole du « pouvoir économique ». Le domaine est ainsi divisé en deux parties. La première se compose d’une part de la réserve du seigneur, exploitée par des « serfs », et d’autre part de zones de chasse. La seconde est constituée de « tenures », petites exploitations agricoles concédées aux paysans qui, en échange, paient le cens et exécute les « corvées » (travail effectué dans la réserve du seigneur).

Le clergé au Moyen Âge
Au Moyen-Âge, tout le monde est très religieux, que ce soit par croyance, par obligation ou par nécessité. Le clergé joue donc un rôle important. Il est composé d’une part du « clergé séculier » avec ses curés, évêques et pape qui vivent dans la société et interagissent avec elle. Et d’autre part, du « clergé régulier », qui répond à la règle d’un ordre monastique en consacrant son temps au salut des âmes et à la prière pour "protéger du mal". 

Le clergé est financé par la perception de la « dîme » payée par les « roturiers », c'est-à-dire les paysans et les bourgeois.

Les paysans au Moyen Âge
Les paysans composent l'écrasante majorité de la population. Ils travaillent à la récolte et sont à la base du système productif. Ils sont appelés « vilains ». Certains sont libres, tandis que d’autres sont attachés directement à la réserve du seigneur et ne peuvent quitter ces terres ; ce sont les « serfs ». Tous doivent payer les différents impôts au seigneur et la dîme au clergé en plus des corvées pour les paysans bénéficiant de tenures. En échange, le seigneur assure défense et sécurité et le clergé remplira sa mission de protection divine en tentant d’attirer par la prière les bonnes grâces de Dieu.

Les bourgeois au Moyen Âge
Progressivement, dans les bourgs et les petites villes, les commerçants -appelés bourgeois- vont s’enrichir. Plus de richesses veut dire plus de pouvoir. Ils vont ainsi obtenir de leur seigneur, souvent contre de l’argent, voire parfois par la force, des libertés qui limitent le pouvoir seigneurial. C’est ainsi que des villes franches vont voir le jour. Ces villes vont organiser leur propre défense et développer une vie communale dès le XIIIe siècle. On va y instaurer des regroupements associatifs par métier, des élections, la liberté de parole et d’opinion.

A partir de ce moment, le système féodal va lentement décliner. Les vertus guerrières vont progressivement céder la place aux vertus du travail et poser ainsi les bases de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...