Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Château de la Royère à Néchin


Ne vous y trompez pas, le Château de la Royère à Néchin est la véritable star de la commune d'Estaimpuis en Belgique ; une étoile discrète, au caractère pourtant exceptionnel. Certes, le château fort à un peu perdu de sa superbe, laissant quelques plumes et quelques pierres dans les différents assauts survenus au cours du temps. Il conserve néanmoins de beaux restes, avec près de la moitié de son élévation d'origine. C'est amplement suffisant pour nous en mettre plein la vue, car cette construction singulière est truffée de particularités étonnantes, dont certaines enfuies jusque dans les entrailles de la terre.


Le château de la Royère à Néchin est la seule forteresse de plaine encore présente dans cette région de frontière franco-belge. Ce n'est pas un hasard. Au Moyen Âge cette zone, entre France et  Flandre, fut terre de nombreux conflits.



On trouve mention du fief de la Royère dès le XIe siècle ; date à laquelle, Havide de Néchin le reçoit en dot lors de son mariage avec une certaine Ingebrand de Watreloss. Des documents attestent qu'il passe ensuite aux mains de Hugues de Roubaix, qui le revend en 1227 à Arnould IV d’Audenarde. Le fils de ce dernier le transmet à la comtesse de Flandre, Marguerite de Constantinople. Plus tard, vers 1290, il entre dans le giron de la famille de Cysoing, puis de Werchin (1343-1557), de Melun (1557-1590 et 1668-1708), de Ligne (1590-1668 et 1708-1713) et Rohan Soubise (1713-1793). Au XIXe siècle, ses terres sont achetées par les Crombez.

Aujourd'hui, le domaine est la propriété de la famille Moulin-Duthoit ; des propriétaires amoureux de leurs pierres et bien décidés à ne plus laisser cet édifice se dégrader. Il faut préciser que le château de la Royère connaît la ruine depuis 1487, date à laquelle il est incendié par les Flamands, en révolte contre Maximilien Ier. Pour la première fois depuis bien longtemps, le château de la Royère entrevoit donc un avenir meilleur, nourri de l'espoir de réhabilitation et des nombreux projets qui hantent les jours et les nuits de ses actuels propriétaires. Des travaux de restauration et de consolidation ont ainsi débutés en 2012.



Un squelette donne la date

L'architecture que nous expose le château de la Royère est un témoin précieux. L'édifice, à vocation militaire, fut peu habité. Ses structures et aménagements fortifiés ont fait l'objet de deux phases successives de construction, mais d'aucune modification importante d'ordre esthétique ou de confort. Il se présente encore aujourd'hui tel que ses concepteurs l'ont voulu.

A l'origine, un donjon de quatre côtés (dont seules les fondations de 2,40 mètres d'épaisseur subsistent) surmontait ici une motte féodale, entourée de douves et d'une basse cours, elle-même protégée de larges fossés. Le donjon était alors ceinturé d'une première muraille, vraisemblablement flanquée de 6 tours carrées.

En 2011, une importante campagne de fouilles est réalisée sur le site par Isabelle Deramaix, archéologue au Service Public de Wallonie. Elle ne savait pas encore, en entamant ses travaux, que le sol de la Royère lui réservait une surprise de taille. Alors qu'étaient effectués des sondages dans le limon de la motte, un squelette humain fit soudain son apparition, comme lors des fouilles de la motte féodale de Les Waleffes. Il gisait là, depuis des siècles, pieds et poings liés, les mains dans le dos. Une telle découverte, dans une motte castrale, est aussi exceptionnelle qu'intéressante. Une datation au carbone 14 allait permettre de préciser que cet homme fut enseveli ici lors des travaux d'élévation du tertre, à la fin du XIIe siècle. L'homme avait alors environ 30 ans.

Avant-gardisme féodal

Une seconde phase de construction verra se dresser une nouvelle enceinte, sur le tracé décagonale de la précédente, formant, vu du ciel, un étonnant cercle presque parfait. Ces murs sont rythmés de quatre tours rondes, alternant avec cinq tourelles fièrement dressées sur de splendides contreforts. Le maître d'oeuvre de cette architecture particulière, aussi fonctionnelle que raffinée, devait être un véritable avant-gardiste médiéval. Car le plus surprenant reste à venir : le châtelet d'entrée présente une particularité que nous n'avons jamais pu observer ailleurs : il repose sur des bases... pentagonales (v. photo ci-contre). Cette singularité est si surprenante qu'Isabelle Deramaix, archéologue en charge du site, est très intéressée de récolter tous les témoignages pouvant lui faire part d'une construction médiévale similaire. Nous invitons à ce titre nos lecteurs à la contacter sans hésiter s'ils peuvent lui apporter des éléments de comparaison intéressants. 
(e-mail : isabelle.deramaix@spw.wallonie.be)



Néchin et le roi de France

Si l'on connaît bien les propriétaires successifs du château, un mystère demeurait néanmoins : qui donc avait bien pu commander cet ouvrage militaire prestigieux ? La réponse à cette question ne faisait l'objet d'aucune évidence, jusque très récemment. Les précieux travaux de fouilles et de recherches de 2011 ont apportés leur lot d'indices fascinants. Il semble désormais clair que le commanditaire de la seconde phase de construction -celle encore visible aujourd'hui- n'était autre que... Philippe IV, roi de France, plus connu sous le nom de Philippe le Bel.


Ah ! ce Philippe le Bel ! Un roi énigmatique, qui devint en 1297 l'ennemi juré du comte de Flandre, Gui de Dampierre, lorsque ce dernier rompit son hommage de vassal pour s'allier au roi Edouard Ier d'Angleterre. S'en suivront, comme il se doit, de très nombreuses batailles, dont certaines marqueront l'histoire, telles les "Matines de Bruges", la "Batailles des Eperons d'Or" à Courtrai ou encore la "Bataille de Mons-en-Pévèle"- durant laquelle le roi en personne eu la vie sauve car il avait ôté son armure et ne fut pas reconnu des soldats ennemis. Philippe le Bel -celui-là même qui fera chuter en 1307 le fameux ordre des Templiers- serait donc le commanditaire de la forteresse de la Royère ! Voilà comment un personnage mythique surgit du passé pour s'inviter dans la réalité tangible des vielles pierres.


Nous remercions les membres de la famille Moulin-Duthoit pour leur chaleureux accueil sur le site
ainsi que Mme Isabelle Deramaix, archéologue SPW, pour
l'organisation de la visite et le partage de ses précieuses connaissances. 


Informations pratiques :
Adresse : Rue du Château de la Royère, Néchin, Estaimpuis, Belgique.
Voir la situation sur notre carte
Visite : On ne visite pas. Le site, classé zone d'intérêt archéologique est surveillé. Il est parfois possible d'y accéder lors d'évènements organisés par les propriétaires, à l'occasion, par exemple, des journées du patrimoine. Les ruines sont néanmoins visibles à distance depuis la route.
Accès à mobilité réduite : Site fermé au public, mais ruines visibles depuis la route. En cas de journées portes ouvertes accès possible par une rampe de terre mais circulation sur place délicate.
Location pour évènements : non
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