Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Château de Solre-sur-Sambre



Le château fort de Solre-sur-Sambre à Erquelinnes est un acteur majeur du patrimoine fortifié du Moyen Âge en province belge de Hainaut. Il est posé au pied d'un coteau prenant des allures de théâtre grec sur lequel s'étire le village. A l'emplacement de l'orchestre, dans la plaine marécageuse, s'étend l'immense place engazonnée de Solre. Sur l'avant-scène : un château fort médiéval entouré de douves, magnifiquement conservé. Spectacle à ne pas manquer.

La construction du château féodal de Solre-sur-Sambre remonte à la fin du XIIIe siècle. La bâtisse connaîtra par la suite plusieurs remaniements ; certains défensifs (tel que l'ajout en 1487 de chemins de ronde sur les deux tours circulaires aux angles nord), d'autres d'agrément. Mais, dans l'ensemble, le caractère fortifié d'origine ne sera que très peu affecté, faisant de lui un témoin unique de sobriété et de rigueur d'architecture militaire médiévale.


Si une forme devait être associée au château de Solre-sur-Sambre ce serait sans aucun doute le carré. Son plan au sol dessine en effet une enceinte quadrangulaire de 45m x 47m, quatre côtés "presque" identiques. Le donjon joue dans le même registre, avec des dimensions au sol de 12,7m sur 11,5m. Particularité importante : il s'agit d'un donjon-porche, une tour habitable qui verrouille littéralement l'entrée de la basse-cour. Cet aménagement caractéristique se rencontre également au château de Fernelmont, au château de la Distillerie à Bovesse ou encore au château des comtes de Flandres à Male.

Le donjon est construit en pierre bleue locale. La façade nord est "appareillée", c'est à dire constituée de pierres taillées ; alors que la façade du donjon donnant sur l'intérieure de l'enceinte présente des moellons plus grossiers. Cet appareillage de la façade nord est vraisemblablement une amélioration esthétique apportée au XVIIe siècle. Outre le donjon-porche, les deux tours circulaires d'angles sur l'enceinte nord sont, elles aussi, en excellent état de conservation. Les courtines reliant cet ensemble servent d'appui à des constructions d'habitat, ajoutées en 1593.
      
L'emplacement du château de Solre-sur-Sambre n'a pas été choisi au hasard ; nous sommes ici en bordure d'une enclave de la province de Liège et à proximité immédiate de la France, ce qui rendait stratégique la défense frontalière à cet endroit précis. Par ailleurs, la Thure -rivière qui alimente les douves- et la Sambre, qui n'est pas bien loin, rendaient les plaines environnantes riches en gibier d'eau. Comprenez par là qu'elles étaient particulièrement marécageuses, offrant ainsi une défense naturelle idéale.

A ce propos, la légende nous rapporte une bien étonnante querelle de voisinage. Un très ancien seigneur de Solre revendiquait le droit de chasse sur ces étendues humides. Lesquelles, outre l'intérêt de la boue protectrice, permettaient aussi de rencontrer celui de l'estomac. La chasse en ces lieux -privilège de la noblesse- apportait en effet la garantie d'orner sa table des plus belles parures emplumées d'oies sauvages, de canards colorés et de cygnes immaculés. Mais un voisin, le seigneur de Neuville, revendiquait lui aussi le droit à se fournir parmi les beaux palmipèdes barbotant sur ces mêmes eaux. De nombreux conflits en étaient nés avec des morts à la clé. L'appel du ventre décidera le seigneur de Neuville à passer à la vitesse supérieure. Lors d'un été, frappé par la sécheresse et la famine, il assiège le château de Solre ! La bataille fait rage. Les hommes tombent les uns après les autres. A la nuit venue, les deux camps comptent leurs morts.... et finissent par convenir qu'un accord à l'amiable serait plus profitable : le droit de chasse sur les marais pour le seigneur de Neuville et, pour celui de Solre, la vie sauf pour lui-même, sa famille, les habitants du village et le maintien de l'ensemble de ses propriétés. Petite condition supplémentaire : interdiction de reconstruire les deux tours sud du château de Solre, afin que le seigneur de Neuville puisse chasser en toute sécurité. Depuis ce jour, précise la légende, contrairement aux tours nord bien conservées, celles de la courtine sud sont restées en ruine. CQFD.


Plusieurs familles se succèderont à la tête de Solre. Tout d'abord, les Barbençon de 1244 à 1410, très ancienne famille qui se fondra plus tard dans les Ligne. En 1410, Solre devient par mariage propriété des Mortagne, jusqu'en 1480, date à laquelle Jean de Carondelet le rachète. Il restera alors dans la famille Carondelet (voir donjon de Crupet) durant 148 ans. En 1629, en tant que dote, il devient propriété de l'une des plus anciennes familles d'Europe, les Mérode, qui le conserveront durant... 228 ans ! En 1857 Marie-Théoduline de Mérode -épouse du marquis de Wignacourt- hérite du château. La propriété restera chez les Wignacourt jusqu'en 1989, date à laquelle, le prince Alexandre de Mérode, grand défenseur du patrimoine historique, le rachète. Le château est ainsi de retour dans le giron de la famille qui l'a occupé le plus longtemps au cours de son histoire. Aujourd'hui, c'est le prince et la princesse Amaury de Mérode qui en sont les propriétaires et gestionnaires passionnés.
 
De nos jours, le château de Solre-sur-Sambre est situé dans une région qui n'est pas traversée par les grands axes touristiques classiques du pays. Il reste donc relativement méconnu du grand public. Pourtant, il suffit de parcourir quelques kilomètres -où que ce soit en Belgique- pour en apercevoir la silhouette.... Impossible dites-vous!? Pas tant que cela, quand on sait que c'est son profil qui a été retenu pour illustrer, en ombre chinoise sur les panneaux routiers, les sites majeurs du patrimoine belge  (à côté du nom de toutes les fermes anciennes et de tous les châteaux historiques, c'est bien le profil de Solre qui apparaît !). Il ne vous reste plus qu'à le découvrir en vrai. L'intérieur ne se visite pas, mais le château est parfaitement visible et approchable de l'extérieur. Le tout étant très bien entretenu par son propriétaire actuel qui en prend le plus grand soin. Notez par ailleurs que la région ne manque pas de centres d'intérêt. Rien que dans le sujet qui nous occupe, on peut déjà identifier à proximité : la tour salamandre et les remparts de Beaumont ainsi qu'un pont faisant partie d'un barrage de la fin du Moyen Âge dit "pont romain" à Montignies-Saint-Christophe (ces sites feront prochainement l'objet d'un article). Sans oublier que Binche et ses remparts ne sont pas bien loin.
Article rédigé avec l'aimable collaboration du prince Amaury de Merode.

Informations pratiques :
Adresse : Château de Solre-sur-Sambre, rue du Château Fort 2 à 6560 Erquelinnes, Belgique.
Voir la situation sur notre carte
Visite : On ne visite pas l'intérieur mais l'extérieur et ces abords sont parfaitement accessibles et très bien entretenus.
Accès à mobilité réduite : les abords sont facilement accessibles, pas de visite de l'intérieur
Location : non.
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