Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Première Enceinte de Bruxelles


Tour Anneessens, Tour de Villers, Tour Noire

La tour Anneessens est l'un des vestiges monumentaux les mieux conservés de la 1ère enceinte de Bruxelles. 
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La première enceinte de Bruxelles au Moyen Âge remonte au XIIIe siècle. Certains auteurs l'imaginent plus ancienne encore. Difficile de trancher, tant les imprécisions quant aux origines de la capitale de l'Europe sont  nombreuses. Trois certitudes cependant : les premiers habitants viennent s'installer ici autour d'un château fort, établi au Xe siècle sur une île de la Senne (dont il ne reste rien) ; seconde certitude : dès 1356 cette première enceinte montrera des faiblesses lorsque le comte de Flandres, Louis de Male, s'emparera de la ville. Après la délivrance de Bruxelles par Evrard t'Serclaes (v. château de Gaasbeek), il sera décidé de la remplacer par une seconde enceinte, plus grande et plus puissante. Troisième certitude : le plan général de cette première enceinte a un tracé bien connu. Longue de près de 4 kilomètres, elle comptait une cinquantaine de tours et était percée de sept portes. Nous avons parcouru, au plus près et sur le terrain, la totalité de l'ancien tracé, à la chasse aux vestiges. Voici ce que nous avons rapporté.

Bruxelles est une capitale. Vous le saviez déjà. Et dans une ville, a fortiori capitale, la vie se conjugue au présent ; parfois au futur, bien rarement au passé. Ajoutez à ce constat une bonne dose de spéculation immobilière dans laquelle la raison des promoteurs ignore celle de la conservation du patrimoine et vous êtes, à ce stade, en droit de vous demander : que restera-t-il d'un vieux mur de 800 ans, complètement inutile depuis des siècles, implanté dans une ville qui a longtemps remporté la médaille d'or au concours interplanétaire de l'urbanisation spéculative débridée ? La réponse semble évidente ; elle est pourtant à nuancer. Car il reste à la fois beaucoup et bien peu.

Nous avons relevé 17 sites présentant des vestiges de ce patrimoine moyenâgeux. Un chiffre honorable mais qu'il convient de relativiser immédiatement. La grande majorité de ces sites se trouvent en zones privées et sont inaccessibles. Soyez cependant rassurés, les vestiges gardés loin des yeux du public, sont souvent modestes à l'exception peut-être d'une tour située dans le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (parfois ouverte aux visiteurs) et de la tour du Pléban avec son beau pan de courtine, dans le jardin de la résidence du doyen, face au chevet de la Cathédrale des Saints Michel et Gudule (malheureusement totalement invisible depuis le domaine public). En supprimant de la liste tous les sites inatteignables, il reste au final trois lieux de patrimoine monumental, parfaitement visibles et accessibles à tous.

Tour Anneessens (dite aussi Tour d'Angle)

Le plus connu d'entre eux est sans aucun doute la tour Anneessens, située au n°36,  boulevard de l'Empereur. Des cinq tours encore debout, elle est non seulement la plus haute mais aussi la plus particulière. Elle est même une exception parmi les cinquante tours d'origine. C'est en effet la seule qui se trouvait sur un angle droit formé par l'enceinte. Cette disposition n'existait nulle part ailleurs. Elle reçu son nom du doyen des métiers de la construction qui refusa en 1719 de respecter les nouveaux règlements des corporations et y sera enfermé à une époque où elle était devenue extension de prison, ce qui explique sans doute sa préservation. 

 La Tour Anneessens en vue intra-muros dévoile ses ouvertures et les arches qui soutiennent le chemin de ronde. 
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La tour a connu dans un passé pas si lointain un état de conservation moins reluisant. Elle fut dégagée des maisons qui s'y accolaient et la masquaient presque entièrement au début des années 1900, à l'occasion de travaux instaurant une ligne de chemin de fer souterraine entre Bruxelles-nord et Bruxelles-midi. En 1967, elle sera restaurée et déchargée des ajouts de constructions postérieures sans intérêt architectural ou patrimonial. Enfin, en 2006, elle sera nettoyée et consolidée.

Les fondations de la tour sont aujourd'hui à l'air libre, la butte de terre qui les masquait jadis ayant disparu. La technique d'arches de soutènement est ainsi dévoilée. Ces arches plus grossières ainsi que les pierres taillées avec beaucoup moins de précision étaient destinées à rester invisibles, sous terre. Cette méthode de construction est identique à celle observée à Binche. Mais la comparaison s'arrête là car la muraille est bien moins épaisse, 1 mètre contre 4 à Binche. De grandes arcades hors terre soutiennent le chemin de ronde. Il est important de noter que la tour est ouverte vers l'intérieur de la ville. Il en était ainsi pour toutes les tours de l'enceinte, ce qui signifie qu'elles conservaient un rôle strictement militaire et n'ont pas été construites dans l'intention d'y loger des garnisons ou des membres de la noblesse. Les parties en brique rouge, dont la tourelle escalier, sont des ajouts du XVIe siècle.

Tour de Villers (dite aussi Tour Saint-Jacques)

A deux pas de la tour Anneessens, dans la rue de Villers, un autre site, moins connu, nous permet d'observer le plus long pan de courtine encore debout, ainsi qu'une tour en très belle état. Le tout en intra-muros ; c'est à dire depuis l'intérieur de la ville féodale.

 La rue de Villers, une rue calme et peu connue, la plus médiévale de toutes les artères de Bruxelles.
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Au XVIIIe siècle, des maisons ont été construites ici contre l'enceinte, utilisant et transformant les archères en fenêtres. En 1960 elles ont été rasées ce qui a permis de redécouvrir et de restaurer cette portion de muraille faisant ainsi de la rue de Villers -une rue calme et peu connue- la plus médiévale de toutes les artères de Bruxelles. On retrouve ici des archères, une arcade soutenant le chemin de ronde (les autres étant fortement altérées) et la tour de Villers. Elle est, tout comme la tour Anneessens, ouverte par l'intérieur.

Face à ces vestiges émouvants cachés dans la ville, on se dit que ce serait vraiment bien de voir à quoi ressemble cette portion de muraille de l'autre côté, en extra-muros. Eh bien... c'est possible, le site est très peu connu, mais il existe.

Une vue peu connue de la Tour de Villers en extra-muros, depuis la rue des Alexiens. 
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Dans la rue des Alexiens, le collège néerlandophone Sint Joris au n°16b, abrite un secret bien gardé : la vue sur la courtine et la tour de Villers en extra-muros, c'est à dire depuis l'extérieur de la ville médiévale. Pour en profiter il faut passer la grille aux heures d'ouvertures scolaires et pénétrer dans le petit parking de l'entrée. Face à vous, dans un cadre qui n'est peut-être pas enchanteur, il faut bien le reconnaître, se dresse ce qui est pourtant la plus intéressante vue à caractère médiéval de Bruxelles. On remarque d'ici le sommet des arches de fondation, ainsi que les archères, transformées en fenêtres au XVIIIe siècle. A la base de la tour, quelques pierres foncées, de grès ferrugineux, se font remarquer. Les autres étant partout du grès lédien clair. Il s'agit sans aucun doute de la récupération de matériaux provenant d'un édifice plus ancien encore, très probablement romain. Et dire que tout cela a bien failli disparaître en 1958 lors de travaux d'agrandissement que projetait le collège.

Tour noire


La tour noire, enlacée dans les bras menaçant d'un immeuble contemporain.
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Sur la place Sainte Catherine, se dresse un vestige de la première enceinte dont l'environnement immédiat ne peut que surprendre : la "tour noire". Figée entre les bras menaçants de l'édifice contemporain qui l'entoure,  sa position démontre, presque jusqu'à la caricature, la difficulté pour le patrimoine de faire face aux promoteurs immobiliers. 

Cette tour noire est un véritable symbole de la lutte pour le patrimoine en Belgique tant le combat mené par Charles Buls, Bourgmestre de Bruxelles, aura marqué les annales de la ville. Observez attentivement le bâtiment qui l'entoure, vous remarquerez immanquablement que rien, absolument rien, n'a été tenté par l'architecte et le promoteur pour tirer profit de la présence de ce vestige rare et précieux en l'intégrant avec un certain bonheur dans leur bien immobilier. La forme de l'immeuble est certes affectée par l'occupation d'espace de la tour mais en aucun cas par un souci d'intégration. Le bâtiment existe comme si la tour n'existait pas. Un symbole, vraiment.

Si l'on passe à l'arrière de la tour, on découvre les ouvertures et les escaliers d'accès au chemin de ronde. Le pignon est quant à lui le fruit d'une restauration effectuée en 1888.

Une petite question, en forme de supplique, nous pend aux lèvres : le lierre qui commence à envahir la tour, est-ce une démarche volontaire ou un manque d'entretien ? La défense du patrimoine semble décidément être un renouvellement sans fin de luttes successives.


Informations pratiques
Adresses : 
Tour Anneessens : boulevard de L'Empereur 36, 1000 Bruxelles.
Tour de Villers, vue intra-muros : rue de Villers, 1000 Bruxelles.
Tour de Villers, vue extra-muros : collège Sint Joris, rue des Alexiens 16b, 1000 Bruxelles.
Tour noire : place Sainte-Chaterine, 1000 Bruxelles.
Voir les situations sur notre carte.
 Visite : Tous ces sites sont parfaitement visibles et accessibles depuis le domaine public. D'autres sites existent mais sont souvent d'un intérêt moindre et ils sont tous situés en zones privées et non-visibles du domaine public. La vue depuis le collège Sint Joris se fait depuis un terrain privé, l'accès y est possible aux jours et heures d'ouvertures scolaires.
Accès à mobilité réduite : les abords des sites ne posent aucun problème d'accès.
Location : pas de locations proposées.
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