Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Donjon d'Amay


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Donjon d'Amay, Tour Romane, Maison des Avoués, Tour des Waroux, quatre noms, un seul édifice qui y répond. Choisissez celui que vous voudrez pour nommer cette superbe maison forte, d'une esthétique ultra-épurée comme seul l'art roman et le design fonctionnel du Bauhaus des années 30 ont pu en produire.

Ce monolithe presque parfait date du XIIe siècle. Il a vraisemblablement été érigé sous les ordres du Prince-Evêque de Liège, Henri II de Leez, lequel dans un exercice de musculation politique décida de gonfler les bras face au voisin du Comté de Namur en érigeant et renforçant plusieurs places fortes sur ces terres. 

Cette bâtisse sera la maison des avoués d'Amay. Ce qui nous oblige à vous expliquer ce qu'est un avoué. Nous ne fuirons pas devant la tâche : le système de l'avouerie est un reliquat de l'époque Carolingienne et de ses grands domaines terriens appartenant à l'église. Le principe est simple (en apparence du moins). Le clergé n'avait pas droit de justice sur ces terres, ni de droit d'armes. Malheureusement, les chemins de l'époque, comme tous les chemins des hommes, n'étaient pas fréquentés que par de bons chrétiens aux intentions charitables. Il fallait donc pouvoir se protéger et remettre régulièrement de l'ordre parmi tout ce joli petit monde. Mais comment faire respecter les règles quand on ne peut en manier les outils ? Le clergé contourna la difficulté en faisant appel, contre rétribution -on à rien pour rien, c'était valable hier comme aujourd'hui- à des laïcs qui en échange seraient chargés de ces missions. Ces laïcs mandatés par le clergé pour la justice et la défense seront appelés des "avoués". Le système a presque disparu dès le Moyen Âge mais il a subsisté en de rares endroits comme Amay. De nouvelles interprétations historiques tendent à dire que bon nombre de ces avoués, devenus de plus en plus autonomes, finirent par fonctionner en véritables électrons libres en se détachant progressivement du joug du clergé. Ils auraient ainsi fondés les bases de la seigneurie et du système de société féodale dans nos régions.

Mais revenons à notre beau donjon. Hors toiture, il atteint un respectable 15,60 mètres pour un plan de 10,30 m x 8,20 mètres.  L'intérieur se divise en cinq niveaux dont une cave avec son puits et un grenier sous toiture qui date du XVIe.  L'entrée s'effectuait par un pont levis au niveau du premier étage (voir donjon de Limont). Il  enjambait des douves pour donner sur le talus de la basse-cour. La circulation entre les étages s'opère par un escalier intégré dans les deux mètres d'épaisseur du mur sud (pour 1,55 m pour les autres murs). Les façades extérieures sont composées de moellons de grès houiller et de calcaire. Cela produit un effet de taches blanchâtres disparates. Est-ce une disposition volontaire ? Pas du tout, la couleur des matériaux n'avait que peu d'importance car le tout était recouvert d'un enduit uniforme. On le sait peu, mais ce fut aussi le cas de beaucoup de châteaux.

Les familles Ciplet, Hosdent, Waroux-Warfuée et enfin Périlheux de Rochelée ont été successivement propriétaires jusqu'en 1921. La tour deviendra propriété de la ville en 1971. Une fois n'est pas coutume, le donjon d'Amay semble avoir bénéficié d'une histoire relativement paisible. Il ne connu pas de sièges importants, ce qui explique son état de conservation exceptionnel.

Aujourd'hui, ce donjon du Moyen Âge se dresse dans un parc communal suffisamment vaste que pour lui laisser exprimer et exhiber tout son charme roman. Nous sommes à deux pas géographiques du château de Jehay mais à son antipode esthétique. Dans la région, il y en a pour tous les goûts.

Informations pratiques :
Adresse : Rue de l'Industrie 38 - 4540 Amay, Belgique.
Voir la situation sur notre carte
Visite : Oui. Parfaitement visible et approchable depuis le parc communal. L'intérieur se visite contre paiement d'une somme modique. Visite sur RDV possible auprès du syndicat d'initiative d'Amay.
Location : pas de location proposée.

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