Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Motte féodale de Braine-le-Château



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La motte féodale de Braine-le-Château au lieu dit "Les Monts" est un témoignage unique. S'il fallait ne retenir qu'un seul site de ce genre en Belgique, ce serait peut-être celui-là. Les lieux sont particuliers, à plus d'un titre. Leur dimension imposante d'abord, leur structuration particulière ensuite et enfin le caractère confidentiel mais accessible de ce lieu méconnu en font un incontournable pour amateurs avertis.

Nous l'avons déjà écrit par ailleurs (voir Motte féodale de Faimes), les mottes féodales ne sont généralement pas les témoignages les plus spectaculaires du Moyen Âge, elles s'en trouvent le plus souvent délaissées du grand public et parfois même des autorités. Celle de Braine-le-Château déroge un peu à la règle. Elle est classée depuis le 29/08/1990 et est suffisamment imposante que pour interpeler les esprits.

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La fonction principale d'une motte castrale est militaire. En son sommet se trouvait une tour résidentielle. Construites en bois d'abord, elles seront plus tard de brique ou de pierre. Ce sont les premiers donjons. La motte est traditionnellement entourée d'une palissade ou d'une enceinte ainsi que d'un fossé qui peut, dans certains cas, être rempli d'eau. C'est un ouvrage défensif contre les ennemis potentiels extérieurs à la seigneurie, mais aussi offensif au sein même de cette seigneurie. La motte présente en effet une dimension symbolique non négligeable, son élévation est aussi bien physique que sociale, preuve de pouvoir, d'ascendant sur les gens du peuple, augmenté encore du fait que ses occupants s'isolent, derrière des protections, du reste de la vie civile.

Si la tour d'habitation représente le caractère résidentiel de la motte, il ne faut cependant pas croire que l'on y habite en tout temps. L'exiguïté des sommets de ces monticules de terre ne permettait pas la construction d'un bâtiment de dimension suffisante que pour y vivre tout au long de l'année.  C'est plutôt un "dernier refuge".

Au bas d'une motte se trouvait la "basse cour", protégée également d'une palissade, dans laquelle s'intègrent quelques bâtiments faisant office de réserve, d'élevage (beaucoup d'anciennes fermes de nos régions sont les descendantes de ces basses cours du Moyen Âge), et d'artisanat. Sur le site de Braine-le-Château la basse cour occupait le flan méridional.

Dans nos contrées, les mottes féodales ont été érigées dès le XIe siècle. Elles connaîtront leur plus grande popularité au XIIe siècle pour décliner durant le XIIIe. Cette importante longévité est sans aucun doute le résultat du ratio favorable entre leur coût d'édification et leur efficacité. Les récits d'époque ne rapportent que peu de prises de châteaux à motte. Un signe qui ne trompe pas.

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Les mottes féodales de nos régions mesurent généralement entre 2 et 10 mètres de haut pour une circonférence de 20 à 50 mètres. Le site de Braine-le-Château fait figure d'exception car il est bien plus imposant et multiplie ces valeurs maximales par deux. Il faut reconnaître qu'ici ce n'est pas une motte traditionnelle, ni même une motte simple d'ailleurs; car il s'agit en fait d'une motte... double ! Cela fait donc deux mottes, auxquelles viennent encore s'ajouter deux tertres un peu moins élevés faisant sans doute office de basse cour ; vraiment exceptionnel.

Autre particularité plutôt rare, même si pas unique, la motte de Braine-le-Château n'a pas été installée en plaine -comme souvent, pour profiter de l'eau d'une rivière servant à remplir les douves ou d'un terrain marécageux- mais c'est une motte de hauteur qui profite d'un relief naturel sur lequel des terres ont été rapportées. Les ruines d'une tour y ont été démembrées en 1722, depuis, il ne reste plus aucun vestige des bâtiments de l'époque. Le site garde cependant dans sa structure les marques évidentes des modifications apportées au relief par la main de l'homme.
 
Aujourd'hui, de grands hêtres s'accrochent au flan de cette "motte multiple", laissant apparaître le mystérieux entremêlement de leurs racines, rendues progressivement apparentes par l'érosion des sols. Mais si ces arbres sont déjà d'un grand âge, ils sont pourtant bien jeunes au regard des 1000 ans qui nous séparent de la construction de cette motte médiévale étonnante.

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Au sommet de la plus haute des buttes, un calvaire contemporain a été dressé. De sa situation, il domine la vallée du Hain et les couchés de soleil, comme le faisait jadis le château bâti ici et qui a donné son nom au village. Il est mentionné dans des documents dès 1071.

Le domaine de Braine-le-Château fut donné en 667 aux chanoinesses de Mons par Sainte Waudru (dont nous avons parlé dans l'article consacré à la Tour Valenciennoise). Devenus avoués (voir Donjon d'Amay) de ces chanoinesses, les comtes de Hainaut étendirent ainsi leur pouvoir sur ces terres qui formèrent alors une étroite bande de 4 km de large sur 10 km de long, enclavée dans le Brabant. Au XIIIe siècle, le site des Monts fut délaissé au profit d'un château fort de forme quadrangulaire installé dans la plaine, 600 mètres plus loin et 50 mètres plus bas. Il y est toujours, c'est le château fort des comtes de Hornes.





Informations pratiques :
Adresse : le site débute au croisement de la rue Saint Roch et de la rue du Bailli à 1440 Braine-le-Château, Belgique. Depuis la rue Saint Roch les mottes sont visibles et l'on peut s'en approcher par de très courts sentiers. Pour accéder au calvaire situé sur le sommet de la partie la plus élevée, prendre depuis la rue Saint Roch le sentier des Monts et depuis ce sentier, bifurquer à droite dans un sentier plus petit qui grimpe et oblique jusqu'au sommet.
Voir la situation sur notre carte
Visite : Libre d'accès.
Accès à mobilité réduite : les pentes d'accès au site sont très raides. La double motte est cependant bien visible (surtout l'hiver) depuis la rue Saint Roch. 
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