Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Château de Jehay


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Le château de Jehay à Amay figure parmi les châteaux les plus connus de Belgique -sa façade en damier très caractéristique y contribue largement (nous en dévoilerons le secret un peu plus loin). C'est l'un des châteaux belges les plus courus aussi. C'est que les attractions sont nombreuses. Outre le château lui-même, Jehay offre aux curieux son parc à l'italienne, ses salons meublés de pièces de haute qualité, plutôt XVIIIe, et enfin, régulièrement, des expositions temporaires au caractère franchement prestigieux. Nous sommes sur un site classé monument exceptionnel de Wallonie. Voilà qui est très bien me direz-vous, mais le Moyen Âge dans tout cela ?


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Le caractère strictement médiéval n'est plus ce que revendique le château de Jehay. Un peu comme celui de Gaasbeek, ou de Braine-le-Château les idées de la Renaissance, puis les recherches de confort et d'éclat du XVIIIe siècle en ont fait une demeure aux charmes imposants mais très éloignée de la rudesse de la forteresse d'origine, implantée dans les plaines marécageuses. Le lieu est occupé depuis très longtemps, dès l'an 0 sans doute. Une forteresse sera construite plus tard, entourée de douves ; les plus anciens documents retrouvés en attestent l'existence en 1130.
 
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Le site de Jehay présente à nos yeux une singularité étonnante même si pas unique, la disposition -au sein de douves très larges et particulièrement profondes- de trois "îlots", reliés entre eux par des ponts : l'îlot du château, l'îlot de la basse cour (remaniée au XVIIIe) et l'îlot de la chapelle castrale Saint-Lambert. 

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 Le corps principal du château de Jehay, tel que nous le voyons aujourd'hui, est le fruit d'une reconstruction orchestrée vers 1550. C'est à ce moment que le curieux damier de façade est mis en place. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce merveilleux damier, on en parle parfois comme étant un agencement de pierre blanche et de brique, ou encore comme étant unique en Europe voire même au monde !

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Au risque de passer pour un trouble-fête, coupons de suite les ailes à quelques canards, tout en leurs laissant les plumes qu'ils méritent ; voici toute la vérité sur la façade de Jehay, du moins celle que nous retiendrons, jusqu'à preuve du contraire... Tout d'abord, précisons que le damier est constitué d'une alternance de pierre calcaire blanche et d'un petit appareillage de grès. Pas de brique donc. En France pourtant, plusieurs édifices de la même époque présentent également un damier mais celui-là est bien constitué de pierre et de brique (comme le château de Saint-Germain-de-Livet dans le calvados). Le principe du damier de façade de Jehay n'est donc pas unique en Europe mais son appareillage l'est peut-être. Jehay présente une autre particularité subtile mais d'importance : alors que les damiers de pierre et de brique sont très réguliers, celui du château de Jehay présente une distribution volontairement disparate des différents éléments, conférant ainsi à la façade un dessin plus fuyant, moins figé. 

Mais il convient de chercher plus loin encore le véritable secret du damier ; plus loin dans le temps et plus loin dans l'espace. Les premières constructions à initier cette méthode sont les forteresses des pays d'orient, découvertes lors des croisades. Au départ, comme souvent, cela n'avait rien de décoratif. Du fonctionnel à l'état pur. Là-bas, on est assis sur une zone sismique très active et pour renforcer les murailles de pierre, d'astucieux architectes ont trouvé une idée étonnante : réutiliser les colonnes des temples antiques pour les placer en boutisse dans les murailles (perpendiculairement à la profondeur du mur !). Elles ne présentent ainsi en façade que leur tranche circulaire en alternance avec les pierres de taille. La muraille pouvait ainsi "coulisser" d'avant en arrière en cas de secousse sismique. On peut en voir encore aujourd'hui sur le site de Gibelet au Liban. Plus tard, le principe sera également retenu dans un but décoratif. Les tranches circulaires seront même remplacées par des pierres à quatre côtés. Le damier de façade était né. En conclusion, on peut dire que le principe du damier de façade est loin d'être unique au monde, mais celui de Jehay est bien unique en Europe de par les matériaux utilisés et son mode d'agencement irrégulier. L'honneur est sauf.

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Informations pratiques :
Adresse : Château de Jehay, rue du Parc 1, 4540 Amay, Belgique.
Voir la localisation sur notre carte.
Visite : Visite du parc gratuite. Visite intérieur du château payante. Fermé en hiver. Les abords, même en cas de fermeture du parc et du château, offrent en toute saison de très belles vues sur l'édifice.
Location : location de salles pour conférence, réunion et séminaire.
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