Château fort, donjon, tour, enceinte, motte castrale, fortification, ruine du Moyen Âge en Belgique.

Les châteaux en Belgique et plus particulièrement les châteaux forts du Moyen Âge de Belgique sont ici à l'honneur. Notre but : faire (re)découvrir le patrimoine fortifié médiéval. La visite d'un prestigieux château fort ou d'une ruine féodale abandonnée nous ramène à un temps taxé d'obscurantisme par certains et magnifié d'imaginaire chevaleresque par d'autres. Personne n'y est indifférent, nos racines s'y enfoncent trop profondément.

Château fort de Poilvache


Tout en longueur. C'est ce qui caractérise le mieux les ruines du château fort de Poilvache. Le site s'étend sur 2,5ha et est divisé en deux parties : le château et la ville féodale fortifiée.

Les ruines ne sont pas aussi aériennes qu'étendues. Le château, dont la première mention sur un document écrit date de 1228 fut détruit en 1430 par les Dinantais et les Hutois, attachés à la Principauté de Liège alors que Poilvache était un puissant bastion du Compté de Namur. Le château ne se relèvera jamais et dès le Moyen Âge sera relégué à la fonction de carrière.

L'entrée du site se fait par l'est. On peut y admirer le fossé sec de défense. Il est long d'une centaine de mètres et haut de dix. Déblayé il y a quelques années à peine -mais pas sans peine- on imagine bien l'excitation des archéologues lorsqu'ils ont découvert une belle portion de tour, sagement couchée sur le flan et très bien conservée.

La tour effondrée correspond sur cette gravure à la tour ronde au milieu de l'enceinte à l'est (c'est à dire à droite pour ceux qui sont fâchés avec leur boussole). Elle s'appelle "Tour des Bohémiens" en référence à une époque relativement récente durant laquelle les ruines servirent de refuge aux gens du voyage. L'autre partie est visible de l'intérieur de l'enceinte et présente un escalier.

Dans ce qu'il reste du château, on découvre des corps de logis, une cuisine, un atelier, une citerne-cave très bien conservée et servant d'entrepôt pour le matériel de fouille archéologique. Le chantier est perpétuel et toujours en activité.

Au détours des petits sentiers qui quadrillent le site on découvre deux très belles portes à arcades. Trop belles? Sans doute. Elles sont si parfaites et ont un dessin si raffiné qu'il semble plus raisonnable de croire qu'elles ont été restaurées avec un peu d'imagination et d'idéalisation par les premiers "découvreurs" de ces ruines. Cela dit, un peu de verticalité flatte toujours l'oeil et aide avantageusement notre imagination qui tente toujours de se replonger dans ce que pouvait être l'édifice dans son habit d'origine. Des murs de 30cm, qui émergent de-ci de-là, entre deux touffes d'herbe n'offrent pas cet avantage. Nous ne blâmerons donc pas les romantiques qui ont restaurés ces portes, d'autant qu'ils n'ont pas dénaturé le reste du site.

L'eau c'est la vie. Le puits est un élément capital du château féodale. On comprend aisément son indispensable utilité en cas de siège. Celui de Poilvache est sans conteste à la mesure de l'importance de sa fonction. Il a été creusé sur 54,54 mètres. Facile à retenir. Mais pas facile à faire. Il est entièrement taillé dans la roche. Un équipement contemporain permet de se positionner debout, juste au dessus, et de profiter des effets d'échos. Les enfants ne s'en lassent pas facilement. Les parents, qui veulent poursuivre la visite, un peu plus.

Et la suite du parcours nous emmène dans un autre décor. Nous quittons le château pour le côté "ville fortifiée". Il ne reste plus grand chose. Les maisons étaient essentiellement construites en bois. Pourtant, un bâtiment attire immédiatement l'attention. Un pignon de maison se dresse encore fièrement. On se trouve face à un témoignage rare : une architecture civile du XIIIe siècle, préservée car en pierres de taille.


Une réelle émotion se dégage à la vue de la haute bâtisse. Une splendide cheminée se révèle en négatif, creusée de cavets et flanquée d'une niche en plein cintre à gauche et d'une niche en mitre à droite. Qui a bien pu écouter le feu crépiter dans cette cheminée monumentale il y a 700 ans ? Pas d'indice. Mais une certitude : ce n'était pas le citoyen moyen de l'époque qui pouvait s'offrir une maison en pierres de taille sur quatre niveaux.

En haut à gauche une petite porte en arc surbaissé formé de moellons ouvre le pignon. A quoi pouvait-elle servir ? L'explication est simple. Ce n'est pas parce que l'on a obtenu le droit d'adossé sa maison au mur d'enceinte que l'on peut pour autant entraver la fonction première d'une fortification : la défense. Pas question de gêner le passage sur le chemin de ronde en haut des courtines. Une fortification est une machine de guerre qui ne se soucie pas des considérations civiles. Le chemin de ronde poursuit donc tout naturellement sa course à travers la bâtisse, et cette porte en est le passage. CQFD.


Plus à l'ouest, on retrouve la muraille qui fait face à la vallée de la Meuse.


  La tour d'angle est bien conservée, on peut y voir deux niveaux d'archères.


D'ici, le regard porte loin. La vallée de la Meuse est visible sur des kilomètres. Voilà qui devait être au Moyen Âge une vue défensive stratégique idéale. On dira aujourd'hui que c'est un splendide panorama. C'est ça aussi l'art de vivre en période de paix.



Informations pratiques :
Adresse : Chemin de Poilvache,  5530 Yvoir, Belgique.
Voir la localisation sur notre carte.
Visite : Oui - payante pour une somme modique. En cas de fermeture, seule une petite partie de courtine et la tour effondrée sont visibles depuis l'entrée.
Accès à mobilité réduite : non, site trop accidenté.
Location : non.
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